Malheur (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XII e siècle. Composé de l'adjectif mal et d' heur.
1. Au singulier. Mauvaise fortune, mauvaise destinée. Le le poursuit, l'accable. Avoir du , bien du . Être, vivre, tomber dans le . Supporter le avec constance, avec courage. Par surcroît de . Pour son , pour notre , il n'a pas suivi vos conseils. Il rejetait sa faute sur le des temps, les circonstances troublées ou tragiques de l'époque. Loc. et expr. Porter , se dit d'un être, d'un objet, d'un acte, etc., qui est censé influer défavorablement sur le sort d'une personne ou sur le cours des choses. Jouer de , éprouver une série de revers, de contrariétés, qu'on attribue à la malchance. Dans ses affaires, il a toujours joué de . Faire le de quelqu'un, avoir dans son existence un rôle néfaste. Cet homme a fait le de ses proches. Son imprévoyance a fait son . Le veut que, par l'effet d'un destin contraire ou d'un fâcheux hasard. Le a voulu qu'il perdît très tôt ses parents. Ne parlez pas de (fam.), se dit pour écarter ou rejeter une prédiction inquiétante, une éventualité que l'on appréhende. Malheur à, formule d'imprécation. Malheur aux traîtres ! Malheur aux vaincus ! formule historique qui rappelle que les vaincus ont à subir la loi du vainqueur. Loc. adj. De , funeste. Conseiller de . Le corbeau, la chouette passent dans certaines campagnes pour des oiseaux de . Fig. Un oiseau de , une personne dont l'arrivée ou les propos font prévoir quelque évènement fâcheux (on dit aussi Oiseau de mauvais augure ). Jouer les oiseaux de . De se dit aussi, familièrement, de ce qui est source de contrariété. Cet engin de est à nouveau en panne. Loc. adv. Par , par l'effet de la malchance. Par , il fit une chute. Si, par , vous renonciez, il serait le premier à le regretter.
2. Évènement qui a des conséquences fâcheuses, pénibles, pour une personne, une communauté. Cette séparation est pour lui un grand . Les s de la guerre. Un nouveau le frappe. Il a eu le de perdre la vue. Il nous fit le récit de ses s. Par euphémisme. Il lui est arrivé , il est mort. Prov. Un ne vient, n'arrive jamais seul. À quelque chose est bon. Employé comme interjection, pour exprimer la surprise, l'indignation, le dépit. Malheur ! comment en est-il arrivé là ? Malheur ! tout est à recommencer ! Par affaibl. Évènement contrariant, regrettable ; difficulté, désagrément. Quel que ce contretemps vous ait retenu ! Ce n'est pas un bien grand . Un d'expression, une formule malencontreuse. Iron. et fam. Le grand , le beau ! il n'y a pas grand mal. Pour introduire ou prévenir une objection. Il n'y a qu'un : son alibi ne tient pas. Expr. Avoir le de (suivi de l'infinitif), avoir la maladresse, l'imprudence de. Si vous avez le de lui confier ce secret, il l'ébruitera. Pop. Faire un , se laisser aller à un éclat ou à un acte de violence. Retenez-moi ou je fais un ! Dans le langage du spectacle, par antiphrase, remporter un triomphe, un succès éclatant. Ce chanteur, ce spectacle a fait un . Titre célèbre : Les Malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur (1864).


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Mauvaise fortune, mauvaise destinée. "Le le poursuit, l'accable. Avoir du , bien du . Succomber sous le poids du . Connaître le . Supporter, soutenir le avec constance. Triompher du . Précipiter quelqu'un dans le . Une vie usée par le . Tomber dans le . Être dans le . Par surcroît de . Il rejetait sa faute sur le des temps."
"Porter " se dit d'une Personne dont la présence est censée causer du à une autre. Il se dit aussi des Choses. "Le chiffre 13 passe pour porter ."
"De " s'emploie avec la valeur d'un adjectif, avec des noms de personnes ou de choses que l'on considère comme funestes. "Ce conseiller de . Ce médecin de . Pourquoi ai-je entrepris ce voyage de ?"
"Jouer de ," Avoir une mauvaise chance au jeu. Il signifie figurément Éprouver une série de contrariétés que l'on attribue à sa malchance. "Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j'ai joué de ."
Prov., "Il n'y a qu'heur et en ce monde," Tout y dépend des circonstances, et souvent ce qui cause la ruine des uns fait la fortune des autres.
MALHEUR signifie aussi Accident fâcheux, désastre. "Il lui est arrivé un , un grand malheur. Il vous arrivera . Prévenir, réparer un . Il est accablé de s. Tous les s de la vie ont fondu sur lui. J'ai éprouvé bien des s. Ne vous affligez pas de cela, c'est un petit , ce n'est pas un ."
Ironiquement et fam., "Le grand , le beau !" Il n'y a pas grand mal. On dit dans un sens analogue et très familièrement : "Quel !"
Prov., "Un ne vient jamais seul."
Prov., "À quelque chose est bon," Quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n'aurions pas eus sans elle.
MALHEUR À se dit par imprécation. "Malheur aux impies! Malheur à moi, si jamais je cède à ses instances! Malheur aux vaincus!" Maxime d'après laquelle les vaincus doivent subir la loi du vainqueur.
PAR MALHEUR, Par l'effet d'un accident, d'un hasard eux. "Il est arrivé, par , qu'un éboulement s'est produit. Par , il fit une chute."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Mauvaise destinée. Le le poursuit. Tomber dans le .
MALH.: « Un inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes ; La plupart de leurs voeux tendent au changement »
TRISTAN: « On appréhende tout étant dans le »
CORN.: « Le succède au bonheur le plus doux »
CORN.: « .... Mais dieux ! que vois-je ! ô ciel ! je suis perdu, Si j'ai tant de qu'elle m'ait entendu »
LA FONT.: « Enfin, n'en pouvant plus d'efforts et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son »
PASC.: « Rien n'accuse davantage une extrême faiblesse d'esprit que de ne pas connaître quel est le d'un homme sans Dieu »
PASC.: « Le naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près »
PASC.: « J'ai dit souvent que tout le des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre »
MAINTENON: « Quand je songe à mon personnage, je crains toujours d'avoir des amis : il y a un attaché à tout ce que je protége »
RAC.: « Titus, pour mon , vint, vous vit et vous plut »
    Le des temps, les funestes conditions qu'une époque impose.
VOLT.: « Il en est [des crimes] quelquefois où des coeurs magnanimes Par le des temps se laissent emporter »
    Jouer de , n'avoir aucune chance favorable au jeu.
    Fig. Jouer de , éprouver une contrariété qui résulte du hasard. Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j'ai joué de .
    Être en , avoir une mauvaise veine, au jeu ou en toute autre chose.
SÉV.: « Elle [Mme de Ludres] passa une nuit dans les champs, en faisant ce petit voyage, par un carrosse rompu, et tout ce qui arrive quand on est en »
MARG. BUFFET: « Les puristes du XVIIe siècle condamnaient la locution être en , et voulaient qu'on dît : j'ai bien du »
    Porter , se dit d'une personne ou d'une chose qui est censée causer du .
BALZ.: « Je porte aux affaires que je manie »
PASC.: « Tant il [Arnauld] porte de aux opinions qu'il embrasse ! »
REGNARD: « Hector : Vous devriez pourtant, en fonds comme vous êtes.... - Valère : Rien ne porte comme payer ses dettes »
V. HUGO: « Oh ! je porte à tout ce qui m'entoure »
    Avoir le de, avoir la mauvaise chance de.
FÉN.: « Ceux qui auront le d'être vos voisins »
    Avoir le de, est quelquefois un euphémisme pour dire : être assez mal doué.
D'ALEMB.: « Il [Marivaux] avait le de ne pas estimer beaucoup Molière, et le plus grand de ne pas s'en cacher »
    Familièrement. De , se dit avec un substantif pour exprimer la crainte, l'aversion.
DANCOURT: « Ce greffier de est avec elle »
    Pour le de, au dommage de.
D'ALEMBERT: « L'Académie française est l'objet de l'ambition secrète ou avouée de presque tous les gens de lettres, de ceux même qui ont fait contre elle des épigrammes bonnes ou mauvaises, épigrammes dont elle serait privée pour son , si elle était moins recherchée »

 2   Absolument. Le , l'ensemble de la mauvaise destinée.
SACI: « Le ne sortira jamais de la maison de celui qui rend le mal pour le bien »
VOLT.: « J'ai cru dans la retraite éviter mon ; Le est partout ; je m'étais abusée »
GENLIS: « Le temps ne détruit que la fraîcheur et la beauté ; le change l'expression de la physionomie »
DUCIS: « Le est moins dur à supporter qu'à craindre »
STAËL: « Le est rapide, et le coeur, tout faible qu'il est, ne doit pas se méprendre aux signes funestes d'une destinée irrévocable »
SÉGUR: « Les paroles, prononcées [par Napoléon] devant deux de ses généraux, étaient écoutées avec ce silence commandé par un ancien respect, auquel se joignait déjà celui qu'on devait au »
    Les gens eux.
DELILLE.: « Le a sa honte et sa noble pudeur »
    Poétiquement. Le personnifié comme une sorte de divinité.
LAMART.: « Il dit : comme un vautour qui plonge sur sa proie, Le , à ces mots, pousse en signe de joie Un long gémissement, Et, pressant l'univers dans sa serre cruelle, Embrasse pour jamais de sa rage éternelle L'éternel aliment »

 3   Événement fâcheux.
CORN.: « J'ai cru sa mort pour vous un nécessaire »
BOSSUET: « La France le vit alors accompli par ces derniers traits et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les s ajoutent aux grandes vertus »
BOSSUET: « Maintenant qu'elle a préféré la croix au trône, et qu'elle a mis ses s au nombre des plus grandes grâces »
BOSSUET: « Quand les s nous ouvrent les yeux, nous repassons avec amertume sur tous nos faux pas »
BOSSUET: « Si aujourd'hui je me vois contraint de retracer l'image de nos s [les troubles de la Fronde] »
RAC.: « Les s sont souvent enchaînés l'un à l'autre »
FÉN.: « Que tu seras heureux si tu surmontes tes s et si tu ne les oublies jamais ! »
VOLT.: « Pour achever les s de la Suède, son roi s'obstinait à rester à Démotica [en Turquie] »
M. J. CHÉN.: « Et c'est nous trop souvent qui faisons nos s »
M. J. CHÉN.: « Le qui n'est plus n'a jamais existé »
LAMART.: « Ici c'est ce vieillard que l'ingrate Ionie A vu de mers en mers promener ses s »
    Il arrivera , se dit pour suggérer des craintes au sujet de quelque événement.
VOLT.: « Il arrivera , vous dis-je, si vous n'y mettez la main »
    Faire le de, rendre eux. Cet homme a fait le de sa famille.
FÉN.: « Cette beauté [Hélène] qui avait fait le de tant d'hommes »
    Familièrement. Faire un , causer un accident,
    C'est un , il est fâcheux.
VAUVENARGUES.: « C'est un que les hommes ne puissent d'ordinaire posséder aucun talent sans avoir quelque envie d'abaisser les autres »
    Ironiquement et familièrement. Le grand , c'est-à-dire il n'y a pas grand mal.
CHAMPFORT: « Voyez le grand ! quel tort cela vous fait-il ? On dit aussi : le beau ! »

 4   Malheur à, sorte d'imprécation.
BOSSUET: « Malheur au temple, à la ville [Jérusalem], à tout le peuple ! À la fin il ajouta : à moi-même ! et en même temps il fut emporté d'un coup de pierre lancée par la machine »
BOSSUET: « Malheur à la créature qui se plaît en elle-même et non pas en Dieu ! »
BOURDAL.: « Ah ! chrétiens, les grandes vérités ! à qui ne les croit pas ; à qui les croit et qui vit comme s'il ne les croyait pas ! »
BOURDAL.: « Malheur à vous, riches avares ; à vous, riches injustes ; à vous, riches orgueilleux ; à vous, riches insensibles ! »
BOILEAU: « Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue Engage un peu trop tard au détour d'une rue [dans Paris] ! »
VOLT.: « Malheur aux coeurs ingrats et nés pour les forfaits, Que les douleurs d'autrui n'ont attendri jamais ! »
    On le met aussi avec la préposition sur. Malheur sur eux et sur leurs enfants !
    Malheur aux vaincus ! c'est-à-dire les vaincus doivent subir la loi du vainqueur (c'est le vae victis que l'histoire met dans la bouche de Brennus vainqueur des Romains).
    Par extension. Malheur aux vaincus ! tant pis pour ceux qui souffrent de quelque accident ou auquel d'autres échappent.
    Malheur ! s'emploie encore absolument comme exclamation.
A. DE VIGNY: « Malheur ! c'est mon neveu ! ! car si Roland Appelle à son secours, ce doit être en mourant »
V. HUGO: « Malheur ! tous nos forfaits l'appellent, Tous les signes nous le révèlent, Le jour des arrêts solennels ! »

 5   Par , loc. adv. Par l'effet d'un accident, d'un hasard eux.
LA FONT.: « Un petit bout d'oreille échappé par Découvrit la fourbe et l'erreur »
VOLT.: « Et c'est [le roi de Prusse] un autre Cideville [un ami de Voltaire], Qui par est couronné »

PROVERBES
    À quelque chose est bon, c'est-à-dire quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n'aurions pas eus sans elle.
LA FONT.: « Quand le ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon à quelque chose »
    Un amène son frère ou ne vient jamais seul.
    Le ou le diable n'est pas toujours à la porte d'un pauvre homme, c'est-à-dire la chance finit par se lasser d'être défavorable.
    Il n'y a qu'heur et en ce monde, c'est-à-dire il y a des gens qui réussissent là où d'autres se perdent.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Ren. 2545: En mal eür, dist Refrangiers, Trop par estes adès maniers [habile]
    XVIème siècle
J. MAROT: « Se ung sur un homme se boute, L'aultre est à l'huys qui la sortie escoute »
MAROT: « L'heur que j'avois s'est tourné en maleur : Malheureux est qui n'a aucun confort »
LANOUE: « 16 800 escus, qui n'est pour un roy que quatre parties perdues à la paume, ou un de deux heures au jeu de premiere »
COTGRAVE: « Pour neant recule qui attend »
COTGRAVE: « Un fol cerche son »
DESPORTES: « Bienheureux le qui croist la renommée ! »

ÉTYMOLOGIE
    Mal, et heur (voy. HEUR) ; prov. malahur. L'ancienne langue avait le mot té, très usité.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Mauvaise fortune, mauvaise destinée. "Le lui en veut. Le le poursuit, l'accable. Le ne saurait l'abattre. Avoir du , bien du . C'est un effet de son . J'attribue cela à mon . On ne saurait éviter son . Succomber sous le poids du . Connaître le . Supporter, soutenir le avec constance. Triompher du . Précipiter quelqu'un dans le , dans un abîme de . Une vie usée par le . Tomber dans le . Être dans le . Pour surcroît de . C'est un surcroît de ."
"Jouer de ," Jouer eusement; et, figurément, Éprouver une contrariété qui résulte du hasard. "Je suis venu deux fois chez vous sans vous trouver, j'ai joué de ."
"Être en ," Avoir une mauvaise veine, au jeu ou en toute autre chose.
"Porter ," se dit D'une personne dont la présence cause ou est censée causer du à une autre. "Cet homme m'a porté ." Il se dit aussi Des choses. "Les joueurs prétendent que rien ne porte comme de payer ses dettes."
Prov., "Il n'y a qu'heur et en ce monde," Tout y dépend des circonstances, et souvent ce qui cause la ruine des uns, fait la fortune des autres.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Désastre, infortune, accident fâcheux. "Étrange . Malheur extraordinaire, affreux, inouï. Malheur réel, imaginaire. Il lui est arrivé un , un grand . Il vous arrivera . S'il lui arrive , qu'il ne s'en prenne qu'à lui-même. C'est un grand , c'est le plus grand des s que de perdre ses amis. Prévenir, réparer un . C'est une consolation dans mon . Il est accablé de s. Tous les s de la vie ont fondu sur lui. J'ai essuyé, j'ai éprouvé bien des s. Ne vous affligez pas de cela, c'est un petit , ce n'est pas un ."
Prov., "Un ne vient jamais seul."
Prov., "À quelque chose est bon," Quelquefois une infortune nous procure des avantages que nous n'aurions pas eus sans elle.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois avec la préposition "à," par imprécation. "Malheur aux impies! Malheur à ceux qui prévariquent dans leur ministère! Malheur à moi, si jamais je cède à ses instances!" On le met aussi avec la préposition "sur. Malheur sur eux et sur leurs enfants!"
"Malheur aux vaincus!" Les vaincus doivent subir la loi du vainqueur. Il signifie aussi, par extension, Tant pis pour ceux qui souffrent d'un accident auquel d'autres échappent.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

MALHEUREûSEMENT, adv. MALHEUREUX, EûSE, ["Ma-leur", "leu-reû", "reû-ze", "reû-zeman", et non pas "malu-reû", etc. 3e lon. 4e "e" muet.] Du tems de "Malherbe", on écrivait "malheureux", et l'on prononçait "malur". À~ caûse de cela, ce Poète avait pour maxime de ne point le faire rimer avec "douleur": il n'y a manqué que deux fois. "Ménage" dit qu'on ne doit point faire dificulté d'employer cette rime, ce qui prouve que la prononciation de ce mot avait changé. Aujourd'hui cet avis paraîtrait inutile et même ridicule. Il n'est plus que le peuple de certaines Provinces, qui prononce "malur". Voy. HEUREUX.
   "Malheur", "accident", "désastre" (Synon.) Ces trois mots anoncent et désignent un fâcheux évènement: mais "malheur" s'aplique particulièrement aux évènemens de fortune et de chôses étrangères à la persone; "accident", regarde proprement ce qui arrive dans la persone même; "désastre", dit quelque chôse de plus général. 'C'est "un " de perdre son argent; c'est "un accident" de tomber, d'être blessé, etc. C'est "un désastre" de se voir tout d'un coup ruiné et déshonoré dans le monde.
- On dit, un "grand ", un "cruel accident"; et un "désastre afreux". GIR. "Syn."
   On dit, en st. famil. être "en ", jouer "de "; et en parlant des chôses, "porter ". 'Vous soutiendrez votre transaction contre Aiguebonne: il "est en ". SÉV. 'Je trouvai hier "Choiseul" avec son cordon: il est bien. Ce serait "jouer de " que de n'en pas rencontrer cinq ou six (cordons bleux) tous les jours. "La même". = "Par ", adv. 'Il est arrivé "par " que, etc. = "Malheur", interj. Il régit la prép. "à". '"Malheur aux" impies! ou la prép. "sur": '"Malheur sur" eux et "sur" leurs enfans!
   On dit, proverbialement, "à quelque chôse est bon": quelquefois une infortune nous procûre des avantages, que nous n'aurions pas sans elle. "Malheur" est là sans article.
- On dit aussi, "il arrive ", sans le faire précéder de l'article: 'L'ouvrage (les Fastes) a été trop lu en société et trop annoncé d'avance. Or, "il arrive" presque toujours " à" ces lectûres et à ces anonces précoces. "Anon."
   "Rem." * M. "Fallet" (dans sa Tragédie de Tibère) dit, "le ", pour, "les eux".
   Est-il rien, en effet, rien de plus glorieux
   Que de tendre "au " une main secourable,
   Que de "le soutenir", quand le destin "l'accâble."
Peut-on dire que le destin "accâble le ", demande M. "Geoffroi" (Ann. Litt.) "Soutenir le ", pour "secourir les eux"?
   MALHEUREUX, 1°. Qui n'est pas heureux, tranquile, content, satisfait. 'Les méchans sont "malheureux". 'Les damnés seront "malheureux" à jamais.
- 2°. Qui manque de ce qui peut rendre l'homme content. 'Mener une vie "malheureûse". 'Être dans un état "malheureux". 'Il est fort "malheureux".
- 3°. Qui a du , qui est infortuné. '"Malheureux" à la guerre, au jeu, dans le comerce.
- 4°. En parlant des "chôses"; qui semble anoncer le . 'Avoir la physionomie "malheureûse". = On dit au jeu qu'un homme "a la main eûse", quand celui, qui le dit, ne gâgne point lorsque cet homme done; et hors du jeu, quand cet homme ne réussit point à ce qu'il entreprend. 'Il "a la main eûse"; dès qu'il touche à quelque chôse, il le câsse.
- 5°. En parlant des "persones", mauvais en son genre. '"Malheureux" Auteur, "malheureux" Écrivain. En ce sens, il doit toujours précéder le substantif. = Apliqué aux "chôses"; fort médiocre, insufisant. 'Il n'a qu' une "malheureûse" chambre, un "malheureux" valet.
   "Rem." I. On ne doit pas employer indiféremment "malheureux" et "misérable", quoiqu'ils paraissent avoir le même sens. "Misérable", semble marquer un état fâcheux, soit que l'on y soit né, soit qu'on y soit tombé "Malheureux" semble marquer un accident, qui arrive tout-à-coup et qui ruine une fortune naissante ou établie. 'On plaint "les eux"; on assiste "les misérables".
- On dit, également bien, une "vie eûse", une "vie misérable"; et de même, c'est "un eux", c'est "un misérable", en parlant d'un méchant homme. Mais on dit, qu'on est "malheureux" au jeu, on ne dit pas qu'on y est "misérable". Le 1er anonce plutôt un accident passager, et le 2d un état plus permanent d'infortune: mais on peut devenir "misérable", à force d'être "malheureux". = "Racine" distingue fort bien le sens de ces deux mots. Il fait dire à "Aman".
   Haï, craint, envié, souvent plus "misérable"
   Que tous "les eux" que mon pouvoir accâble.
Dans le sens de "mauvais", on dit d'un Auteur, d'un ouvrage, c'est un Auteur "misérable"; cela est "misérable". Suivant le P. "Bouhours" on n'emploie point "malheureux" en cette ocasion. Suivant l'"Acad." on peut s'en servir. Voy. n°. 5°.
   II. MALHEUREUX, dans son sens le plus comun, peut précéder ou suivre le nom qu'il modifie. "Racine", dans "Andromaque", dit: un enfant "malheureux"; dans "Athalie", il dit; un "malheureux" enfant. Celui-ci est plus doux. L. "Rac."
- Mais "malheureux astre", comme dit "Rousseau", forme une inversion dûre.
   MALHEUREUX, s'emploie souvent en exclamation. '"Malheureûse"! Je craignois la mort et je n'osois la fuir. "Jér. Dél." On sous-entend, "que je suis", "que vous êtes", "qu'il est", etc. = Il précède le verbe:
   Perfides courtisans, "malheureux est" un Roi,
   Qui jamais a sur vous fondé son espérance:
   Vous êtes moins à lui qu'à sa toute-puissance.
       P. "Marion", Cromvel.
III. MALHEUREUX, régit "de" et l' infinitif. 'Ne "suis-"je pas "malheureux d'avoir voulu" me croire moi-même dans un âge, où l'on n'a ni prévoyance de l'avenir, ni expérience du pâssé. "Télém."
- Mais ce régime n'est bon que quand le verbe régi se raporte au sujet de la phrâse (au nominatif du verbe régissant) s' il ne s'y raporte pas, il faut mettre "que" et le subjonctif. '"Je suis" bien "malheureux que vous" ne vouliez pas croire ce que je vous dis.
   MALHEUREUX, subst. Scélérat. '"Ce eux", cette "malheureûse". 'Télémaque reçut avec amitié "ce eux", qui avoit vu Ulysse en Sicile. "Fénélon".
   MALHEUREûSEMENT, par . 'Il est arrivé "malheureûsement" que, etc.




Emplacement dans le dictionnaire :

malfaisance
malfaisant
malfaiteur
malfamé
malformation
malgracieux
malgré
malhabile
malhabilement

malheure
malheureusement
malheureux
malhonnête
malhonnêtement
malhonnêteté
malice
malicieusement
malicieux
malignement
malignité




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...armes vêtus, conduisant leurs guerriers, soudain sont accourus ; de chars et de chevaux ils couvrent ce rivage ; ils brûlent de venger notre commun outrage. Je les commande tous, et c'est pour mon malheur, Vieillard, que j'ai reçu cet éclatant honneur. Eh quoi ! Nous nous flattons de mettre Troie en cendre déjà de ses débris nous comblons le Scamandre, lorsque toujours les vents, suspendus sur les...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...cruel ! L'attirer parmi nous pour la faire servir de victime à la Grèce ! Agamemnon hélas ! Conseils pervers, détestable promesse ! ... ami, j'étais de doute et d'ennui consumé : dans quel fond de malheur je me suis abîmé ! Mais cours et hâte-toi ; ne cède pas à l'âge ; évite les ruisseaux et les sources qu'ombrage une épaisse verdure opposée au soleil, et ne te laisse pas charmer par le sommeil. Le...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...présomption, qui ma faiblesse abuse, avec le ciel je ruse, je ruse, et c'est en vain ; et je n'espère plus qu'un destin secourable arrête de mes maux la course infatigable ! S'arrête-t-il jamais, le malheur des humains ? C'est l'onde du torrent qui sans cesse est enflée. Artémis, je te cède, et la vierge immolée souillera de son sang mes paternelles mains. Pourquoi ne suis-je point l'homme qui sur la...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...des cris que je crains de comprendre... Ô père misérable ! Ô tourment ! Ô douleur ! Ô malheureuse mère, ô fille infortunée ! Détestable Pâris, Hélène forcenée, de votre injuste amour je tire mon malheur ! Le Choeur tel est le fier destin et telle est son audace ! Sous ces coups il abat le plus superbe éclat, et la félicité comme une ombre s'efface. Ménélas mon frère, laisse-moi toucher ta main....


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...sommes seuls ici. Mais que veux-tu ? C'est bien. ô fortune, merci ! Avisons maintenant et que le ciel ait cure de ceux qui me sont chers. Achille ta parole est obscure Le vieillard il s'agit d'un malheur et j'hésite à parler. Clytemnestre si le ciel le décrète, à quoi bon le celer ? Le Vieillard comme part de ta dot, je te suivis, ô reine, de ta Sparte natale au palais de Mycène. Clytemnestre...


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